Les limites de l'ouverture

Publié le par Frédo45

Tests ADN : les députés UMP digèrent mal les propos de Fadela Amara

Les députés UMP ont mal accueilli mardi les propos de la ministre d'ouverture Fadela Amara, qui jugeait le matin même "dégueulasse" d'"instrumentaliser l'immigration" avec les tests ADN, un sujet décidément source de polémiques à répétition.

Le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, a été l'un des premiers à monter au créneau pour accuser la secrétaire d'Etat à la politique de la ville "d'injurier les députés de la majorité".

Il s'est toutefois gardé de réclamer sa démission: "Je ne dis pas ça. Je dis que ce n'est pas bien" de tenir de tels propos.

Tout en étant lui aussi opposé à l'amendement ADN, François Goulard s'est montré plus explicite: "Si on juge que certains membres du gouvernement ont un comportement dégueulasse, une seule conclusion: on en part", a-t-il lâché.

"C'est un excès de langage qui n'est pas acceptable dans le contexte de la majorité", a dénoncé Patrick Ollier, compagnon à la ville d'une autre ministre, Michèle Alliot-Marie, en invitant Mme Amara à tourner à l'avenir "sept fois sa langue dans sa bouche".

"On ne peut pas demander plus mais pas moins non plus aux ministres d'ouverture. Ils ne sont pas exonérés de respecter le Parlement", a renchéri Bernard Deflesselles, vice-président du groupe UMP.

Dans l'après-midi toutefois, la consigne avait visiblement été donnée aux députés les plus sarkozystes de tenter d'éteindre au plus vite l'incendie au sein d'une majorité déjà peu enthousiaste vis-à-vis de l'ouverture.

Plus question donc de s'en prendre à Mme Amara, mais au contraire de démontrer qu'elle n'avait fait que viser la... gauche.

"Elle a raison de dire cela de ses anciens amis socialistes", a déclaré, ironique, Thierry Mariani, à l'origine de l'amendement ADN controversé, en jugeant qu'"à l'évidence le PS se livre à une exploitation honteuse".

Dans l'entourage du Premier ministre François Fillon, on expliquait aussi que "la phrase" de Mme Amara était "plus compliquée" qu'il n'y paraissait et qu'elle "ne visait pas la majorité".

Preuve de l'embarras ambiant, un autre ministre d'ouverture, Jean-Marie Bockel est venu au devant des journalistes pour bien souligner qu'il n'était "pas sur la même ligne" que sa collègue, absente, elle, de la séance des questions d'actualité.

Les députés "villepinistes", eux, n'étaient guère attristés par ce nouveau couac au sein du gouvernement. "Elle s'exprime avec son langage à elle, qui n'est pas un langage inintéressant venant d'un ministre d'ouverture. Tout ça est sympathique", s'est amusé Jean-Pierre Grand.

Pas mécontente non plus de souligner les limites de la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy, la gauche a soutenu Mme Amara tout en lui réclamant d'aller au bout de sa logique et de démissionner au plus vite.

"Je veux bien que Mme Amara ait des considérations très dures mais elle devrait plutôt se poser la question de ce qu'elle fait là au milieu" de ce gouvernement, a commenté Henri Emmanuelli (PS) en lui laissant le soin de gérer ses "états d'âme".

"On va bientôt s'apercevoir qu'il y a des personnalités qui, sans doute de bonne foi, se sont fourvoyées" au gouvernement, a lancé son collègue Jean-Marie Le Guen.

"Moi, si j'estime qu'un gouvernement auquel je participe prend une décision aussi dégueulasse, je m'en vais tout de suite (...) On ne peut pas rester dans un gouvernement de dégueulasses", a asséné Maxime Gremetz (PCF).

On aperçoit ici les limites de l'ouverture politique. Après les couacs engendrés par Bernard Kouchner, on entrevoit la difficulté pour le gouvernement Fillon de posséder en son sein, des personnalités provenant d'horizons si diverses.

Les députés de la majorité profitent de ces débordements verbaux pour mettre à mal une des personnalités-phares de cette ouverture, vexés qu'ils sont de ne pas obtenir de la part de leur chef de file un soutien d'estime alors qu'ils l'ont porté aux nues durant toutes la campagne, réduisant l'opposition à droite à sa plus simple expression, faisant de Nicolas Sarkozy un chef adulé, idolâtré mais aussi tyrannique au point que la moindre contestation fut étouffée.
Les députés villepinistes saisissent l'occasion d'affaiblir le gouvernement Fillon dans l'objectif non avoué de récupérer au passage des ralliements au sein de l'UMP et d'apparaître en position de force au moment où, éventuellement, il y aurait du changement à Matignon.
La gauche se délecte de ce pain béni. Ayant du mal à se faire entendre dans cette triste polémique qu'est celle des tests ADN, elle obtient alors qu'on la croyait définitivement enterrée, une opportunité de rallumer la flamme et de semer le doute dans l'opinion publique, n'attendant au passage que la démission d'un ministre d'ouverture afin de s'en octroyer la victoire et de raviver les couleurs du clivage gauche / droite, récemment mise à mal par sa faute. car il faut bien l'avouer, c'est la gauche qui s'est droitisé et permet aujourd'hui au gouvernement Fillon de telles réformes sectaires.
Voilà donc les limites de l'ouverture politique démontrée et la marge de manoeuvre de Nicolas Sarkozy et de François Fillon apparaît ainsi de plus en plus étroite. La possibilité de conflits sociaux durant l'automne et l'hiver pourrait bien mettre à mal défintivement la popularité du Président de la République.

Publié dans Politique

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