Insécurité sociale !

Publié le par Frédo45

La Sécurité sociale en cure de déremboursement

Le directeur de la caisse d'assurance-maladie va proposer un plan d'économies de trois milliards d'euros.
FRANÇOIS WENZ-DUMAS
mercredi 25 juin 2008
     
Trois milliards d’euros d’économies : c’est le remède de cheval que suggère le directeur de l’assurance-maladie, Frédéric van Roekeghem, pour réduire le déficit de la Sécurité sociale. La semaine dernière, la commission des comptes de la Sécu constatait que le déficit total devrait atteindre 8,8 milliards d’euros, dont 4,2 milliards pour la branche maladie, 5,2 milliards pour la vieillesse, et un excédent de 0,6 milliard pour la famille. Frédéric van Roekeghem va donc présenter demain au conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) une série de propositions «supplémentaires» pour «rééquilibrer sur le long terme» les dépenses et les recettes. La principale concerne les médicaments «à vignette bleue», remboursables à 35 % pour les maladies ordinaires, mais qui sont pris en charge à 100 % dans le cadre des affections de longue durée (ALD).
 
Qu’est ce que cela changerait ?

Les médicaments concernés par un éventuel déremboursement partiel sont ceux prescrits comme accompagnement et qualifiés - souvent à tort - de médicaments de confort. C’est le cas par exemple du Gaviscon, qui serait remboursé à 35 %, alors qu’il l’est actuellement à 100 % s’il est prescrit dans le cadre d’une ALD pour calmer les reflux gastriques et autres douleurs d’estomac qui accompagnent souvent les traitements médicamenteux lourds. Ces derniers resteraient remboursés à 100 %, de même que les prescriptions d’accompagnement jugées plus efficaces (comme le Mopral dans l’exemple précédent).

Quelle serait l’économie ?

La Caisse d’assurance-maladie estime à 250 millions d’euros l’économie que pourrait apporter ce seul déremboursement. Le chiffre est important, car les ALD représentent 64 % des dépenses de l’assurance-maladie. Reste que bien souvent quand de telles mesures sont prises, on observe un phénomène de substitution, le médecin préférant prescrire un médicament plus coûteux mais remboursé, ce qui en limite la portée. Le directeur de la Cnam fait également d’autres propositions, comme une baisse des tarifs de radiologie et de biologie médicale ou de certains médicaments pour lesquels existe un générique, pour un total de 3 milliards d’euros.

La proposition peut-elle être retenue ?

Elle a déjà suscité hier une levée de boucliers du côté des syndicats et des partis de gauche, comme chez les associations de patients et les organisations professionnelles de médecins. La CGT juge ces propositions «insupportables», et l’association Act-Up de lutte contre le Sida y voit «une déclaration de guerre». Le patron des députés Nouveau Centre, François Sauvadet, se dit lui-même «très opposé» à la mesure. Il s’agit manifestement d’un ballon d’essai, et le gouvernement, en fonction des réactions, pourrait ne retenir qu’une partie des propositions du directeur de l’assurance-maladie. D’ailleurs, Eric Wœrth, ministre des Comptes publics, a indiqué hier, prudent, qu’«il n’y a aucune remise en cause du remboursement à 100 %» des ALD.

On remet en cause un des droits fondamentaux qui fait le ciment de notre société : la santé.

Là où la fameuse insécurité connaît ses heures de gloire, la sécurité sociale, elle, connaît des heures bien sombres. Bientôt, les patients atteints de maladies graves verront leurs remboursements diminués. Qu'adviendra-t-il de ceux qui ne bénéficient pas d'une bonne mutuelle, les plus défavorisés ? Devront-ils rever comme des chiens comme c'est le cas aux Etats-Unis ? Allons-nous laisser ce gouvernement persévérer dans la voie de la popérisation et de l'acharnement sur les classes moyennes ?

Publié dans Education-Santé

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