Cespedes et la transidentité

Publié le par Frédo45

Il aura suffi d'un dessin représentant la transidentité comme une réalité actuelle pour que le Planning Familial reçoive les foudres, de l'extrême-droite bien évidemment, de la droite bien entendu mais aussi de la fausse gauche type Printemps Républicain qui s'épand, se répand de plus en plus dans les médias bien qu'elle ait été ridicule lors des dernières élections. C'est bien simple, on entend plus ces "never been" de la politique que des éditorialistes de gauche. 

Ils ont été rejoints il y a peu par des personnalités comme Vincent Cespedes, philosophe. J'ai un temps suivi Vincent, j'ai même répondu positivement à son invitation pour évoquer l'école sous covid. Le débat fut riche et Vincent donnait l'impression de s'intéresser aux autres, aux petites mains... Malheureusement, depuis peu, j'ai pu aussi constater sa dérive réactionnaire. "Sera-t-il le nouvel Onfray ?", peut-on se demander, tant d'une position de tolérance absolu, on le voit se précipiter dans le pire des sectarisme. Pour lui, ceux qui ne pensent pas comme lui appartiennent à une secte. Oublié le combat pour chasser Heidegger l'antisémite des programmes de philosophie, désormais son combat est dirigé contre ce qu'il appelle la secte T. T pour transactivisme. Une idéologie qui viserait à faire de garçons appréciant des habitudes du sexe opposé (selon les stéréotypes usuels), des filles. Et d'assimiler assez vite les personnes transgenres et les gens qui les soutiennent à cette secte. De façon binaire, Cespedes oppose les "critiques du genre" et les "transactivistes".

En fait, vous avez une opposition claire : d'un côté, il y a les critiques du genre et de l'autre côté, il y a ce qu'on appelle le transactivisme : cette idéologie qui consiste à dire au petit garçon :"Si tu aimes le rose et si tu aimes la danse, peut-être que tu n'es pas vraiment un petit garçon.

Vincent Cespedes, Sud Radio le 29 août 2022

Binaire, simpliste. Et ainsi s'étonne-t-il qu'on qualifie son propos d'extrême-droite. Qui est aussi binaire et simpliste ? Qui accuse sans jamais citer de nom ? Car qui dit à un petit garçon qui aime le rose qu'il est une fille ? Qui ? Le fameux "on" que cnews ne cherche même plus. On est ici, bien entendu, dans une dialectique d'extrême-droite. On évoque un courant de pensée à gauche dont on ne connaît pas les meneurs. On les oppose au bon sens porté par sa propre voix. On les affuble d'un terme qui les exclut du champ républicain. Il y a eu les féminazis, les khmers verts, les islamogauchistes, faites place désormais au transactivisme. 

Bien sûr, le philosophe prend ses précautions. Il y a des personnes transgenres qui subissent des violences et il faut les soutenir mais... Vous savez ce qu'on dit de ce qui précède un "mais". Il y a des personnes transgenres qui subissent des violences, point. Pas de mais ! Et ne pas leur accorder le droit de choisir leur genre alors que je le rappelle, l'état civil autorise les changements de sexe est d'une extrême violence à leur égard. C'est la même violence qui consiste à considérer un naturalisé français comme un éternel étranger. Pensée d'extrême-droite, dites-vous ? Et vous savez quoi, la majorité des personnes transgenres militent pour leur droit, pas pour qu'on "transforme" des garçons en filles et inversement. 

Autre subtilité de la part de Vincent Cespedes : la terminologie. Le terme "théorie" concernant le genre ayant été balayé par les chercheurs qui rappellent que le genre est un concept qui appelle à des études sociologiques et non à une théorie. Les milieux réactionnaires avaient d'ailleurs appelé à retirer les enfants des écoles car cette "théorie" y serait enseignée. A cette époque, mon syndicat, le FSU-SNUipp avait été visé en premier par l'extrême-droite car nous défendions les ABCD de l'égalité, campagne visant à réduire l'influence des stéréotypes de genre, notamment sur la scolarité, à lutter contre l'homophobie et la transphobie. Attention, wokisme en approche !!! Voici un article revenant sur cette attaque réactionnaire et sur l'inexistence de cette théorie : La "théorie du genre" pour les nuls.

Mais revenons à notre philosophe. Lui n'utilise pas le terme "théorie", qu'il sait aussi connoté qu'impropre. Non, il use du mot idéologie. 

Je suis pour qu'on dissolve l'idéologie du genre ou pour au moins qu'on la critique. 

Vincent Cespedes, Sud Radio le 29 août 2022

Le début de la phrase est ahurissant quand on sait qu'elle est prononcée par un philosophe. Est-ce sage de vouloir dissoudre une pensée contraire à la sienne sous prétexte... qu'elle est contraire à la sienne ? Il se ravise et parle de critique. Mais qu'est-ce que l'idéologie du genre ? Et bien, c'est exactement ce que reprochait l'extrême-droite lors du mouvement des journées de retrait de l'école. On voudrait transformer les garçons en petites filles et les petites filles en garçons. Cespedes a donc juste effacé le mot théorie et l'a remplacé par idéologie. C'est simple. C'est d'autant plus simple que le mot idéologie est devenu péjoratif. Car oui, il y aurait les idéologues, déconnectés, enfermés dans une pensée sectaire qui se heurte à la réalité et de l'autre côté, les pragmatiques, ceux qui font face au réel, sans se laisser influencé par la bienpensance. On entend souvent ce discours à droite et à l'extrême-droite pour disqualifier la gauche. Le fameux discours de la voie unique, cette idée qu'il n'y a pas d'autres chemins à prendre, notamment quand il s'agit d'évoquer le capitalisme, la croissance, le nucléaire. Cette idée que certains vivent dans de vieilles utopies et que d'autres, ceux qui pensent bien, sont éclairés et sont à suivre. Rien de plus qu'un sophisme, antidémocratique en plus. Il n'y a pas plus d'idéologie du genre que de théorie du genre. Il y a des militants qui veulent obtenir des droits et casser les stéréotypes sur la transidentité. Notez au passage que ce procès qui consiste à faire croire que ces militants entendent transformer les enfants est aussi utilisé contre les militants et militantes homosexuels. Cette idée de perversion de la jeunesse est encore une fois une dialectique d'extrême-droite.

Un philosophe qui critique les idéologies, c'est un peu comme un marchand de tapis qui critique les tisserands. Et faire sienne cette matrice de droite et d'extrême-droite qui consiste à faire de l'idéologie l'ennemi, c'est s'éloigner de la richesse des échanges, de la pensée et de la sagesse que tout philosophe doit atteindre. Cespedes est-il grisé par la notoriété au point de renoncer à sa passion pour l'échange, la mesure et l'argumentation construire, sans sophisme, ni épouvantail ? Je ne sais pas mais ce qui est sûr, c'est que s'il ne veut pas être qualifié d'extrême-droite, il lui faudrait cesser de reprendre ses démarches, argumentaires foireux et dialectiques. 

 

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