La guéguerre pédagogique

Publié le par Frédo45

Sur les réseaux sociaux principalement, une guerre fait rage. Violente et exaspérante, elle oppose les tenants de l'innovation pédagogique à ceux de la transmission de savoirs. D'un côté, se démènent les apôtres de la classe inversée, des pédagogies modernes dispensées à des élèves tous passionnés et demandeurs. De l'autre, s'agacent les défenseurs d'une école rigoriste où le maître dirige l'élève et non l'inverse. Les premiers sont appelés "pédagogistes", les seconds sont les réactionnaires. Et ils se haïssent, laissant spectateurs une longue file d'enseignants ne se classant ni dans la première, ni dans la seconde case.

Car soyons clairs, la majorité des enseignants ont abandonné le seul cours magistral et la pédagogie transmissive sans pour autant sombrer dans les méandres d'un modèle constructiviste qui a ses limites. Plus simplement, dans les classes, on observe des enseignants qui, selon les disciplines, selon la notion étudiée et l'âge de leurs élèves, vont alterner entre pédagogie centrée autour de l'élève et pédagogie plus explicite.

Deux exemples simples :

Si l'on veut travailler la notion de partage avec des élèves de maternelle ou de cycle 2, on les mettra volontiers en situation de recherche afin qu'ils établissent des stratégies (seul ou à plusieurs, en groupes hétérogènes ou homogènes) et qu'on arrive par le biais de leur travail à définir comment partager équitablement une collection. La pédagogie explicite ne me paraît pas très opportune, auquel cas, on habituerait les élèves à attendre les réponses. Les défenseurs de la pédagogie explicite se servent d'études (très critiquables) qui valorisent leur méthode face au constructivisme, notamment concernant les élèves en difficulté qui ont besoin d'être aiguillés. Elle a des atouts, certes, mais elle a un défaut qu'ils occultent. Elle fait de l'élève un spectateur de son savoir. Il ne cherche jamais puisque l'enseignant lui donne la réponse. Elle ne peut donc pas être la seule pédagogie utilisée dans une classe.

Et c'est le cas aussi du modèle constructiviste, à mon avis. En effet, le modèle constructiviste s'appuie sur les questions que se posent les élèves. Je parle pour le coup des méthodes Freinet ou Montessori. Mais quid des questions que les élèves ne se posent pas ? L'enseignant est alors obligés artificiellement de susciter l'intérêt. Pour le constructivisme plus traditionnel où l'enseignant suit un programme et met en place des situations-problèmes qui vont amener l'élève vers un savoir ou un savoir-faire, les limites sont elles aussi présentes. En effet, le risque de voir les élèves en difficulté s'effacer au profit des meilleurs est grand et peut nuire à ces enfants. Travailler en groupes homogènes est une solution mais ne peut pas être obligatoire, auquel cas il est difficile pour l'élève en difficulté d'accrocher le bon wagon. Un autre écueil est l'efficacité et j'en arrive à mon second exemple : une règle d'orthographe comme les mots en té ou en tié. Est-il pertinent de faire rechercher une règle telle que celle-ci aux élèves, sachant qu'ils risquent de ne jamais la trouver ou vaut-il mieux simplement leur donner la règle, leur demander de trouver quelques exemples avant de passer à des exercices ? Je suis plutôt favorable dans ce cas à l'emploi d'une pédagogie plus direct.

De fait, et pour conclure, la guerre que se mènent les deux camps est ridicule car la multiplicité des voies pédagogiques ne peut être que bénéfique aux élèves. Le dosage est du ressort de l'enseignant, liberté pédagogique oblige, qui doit par contre, pour arriver à un mélange des genres opportun, être formé à ces variantes didactiques, ce qui, au final, manque énormément, dans le système éducatif français. 

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