La chasse aux automobilistes

Publié le par Frédo45

Le début du quinquennat Macron se traduit par une véritable chasse aux automobilistes qui révèle une fracture très profonde en France : celle qui sépare les habitants des métropoles et les autres.

A partir de mai 2018, la vitesse sur les routes du réseau secondaire à 2 voies sera limitée à 80 km / h au lieu de 90 aujourd'hui. Cette mesure ne reçoit pas l'approbation des Français qui y voit une façon de remplir les caisses de l'Etat en multipliant les contrôles sur ces routes. Pour ma part, je ne crois pas que cette mesure va apporter tant que ça à l'Etat. Tout d'abord, dans un premier temps, il faudra remplacer les panneaux, ce qui représente un coût important. Ensuite, si les contrôles vont se multiplier durant un certain temps, à la longue, ils reviendront à un niveau normal de telle sorte que cette mesure n'aura pas un impact, sur le long terme, sur le nombre de morts sur la route. En effet, si pendant quelques mois, les conducteurs qui ne respectent pas les limitations de vitesse auront peur du gendarme, très vite, ils reprendront leur vitesses de croisière excessive. Ceux qui respectent déjà les limitations de vitesse se plieront à la nouvelle législation mais comme ce ne sont pas eux qui occasionnent des accidents, cela n'aura aucun impact sur la mortalité sur la route. Si on voulait vraiment diminuer la mortalité (qui a déjà fortement diminué depuis les années 70 puisqu'elle a été divisée par 5), il faudrait faire un grand audit de l'accidentologie en France et aménager les lieux les plus accidentogènes. Ce serait déjà un premier pas. Au passage, notons que le Premier Ministre qui veut instaurer cette mesure, qui veut "sauver des vies", a été flashé en 2015 à 150 km / h au lieu de 110 sur une autoroute. Cocasse.

Notons aussi que pour un salarié habitant à 40 km/h de son lieu de travail, cela représente 25 h de plus sur la route sur une année. Pour un salarié à 50 km de son lieu de travail, ce temps passe à 33 h, soit presque une semaine de travail. Et c'est là que le bas blesse, cette mesure touche une fois de plus la France rurale. Et quand je dis France rurale, je parle de la France des villages, certes, mais aussi des petites villes qui ne bénéficient pas d'un réseau de transport en commun permettant de ne jamais utiliser la voiture. Les habitants de Paris, Bordeaux, Strasbourg ou Lyon, peuvent se débrouiller sans voiture. Cette mesure les concerne peu. Si vous habitez dans une ville de moins de 10.000 habitants, c'est plus compliqué. Et on entrevoit ici la fracture principale qui touche la France. Finalement, elle n'est pas tant sociale que territoriale et c'est bien cette fracture profonde entre l'urbanité et la ruralité que le gouvernement ouvre un peu plus en s'en prenant aux automobilistes. Car outre la limitation de vitesse, rappelons que le contrôle technique sera désormais obligatoire tous les ans pour les voitures de plus de 6 ans. Une aubaine pour les constructeurs automobiles mais une bien mauvaise nouvelle pour le porte-monnaie des Français pour qui la voiture est indispensable, en premier lieu, les français vivant dans les zones rurales. Pour eux, la suppression progressive de la taxe d'habitation ne leur apportera rien du tout. On continuera de supprimer des services publics (d'état ou territoriaux) et ils devront dépenser davantage pour leur automobile, de telle sorte qu'ils risquent de perdre encore un peu plus du pouvoir d'achat, d'autant plus s'ils appartiennent à un milieu modeste puisque leurs vieilles voitures ne seront plus autorisées à rouler. 

Cette fracture territoriale est pourtant connue des politiques. Ils ont analysé les résultats des dernières élections et ils ont bien remarqué que les campagnes votent massivement pour le FN bien qu'elles ne soient pas particulièrement touchées par l'immigration. Ce sentiment d'être abandonnés par l'état poussent les habitants des communes rurales dans les bras de l'extrême-droite. Les gouvernants le savent et comme ces habitants ne représentent pas une forte population en termes électoraux, ils continuent de la négliger. Ce qu'ils ne perçoivent pas, c'est que ce sentiment est de plus en plus haineux et qu'ils gagnent les villes moyennes, elles aussi, délaissées par l'Etat. Les tribunaux et les hôpitaux y ferment leurs portes et les déserts médicaux y progressent de telle sorte que la voiture devient encore plus indispensable, d'autant plus qu'on a fermé des gares et des lignes de train par souci d'économie (ou par austérité, choisissez le terme qui vous convient le mieux). Et comme dans les grandes villes, on cherche à tout prix à chasser les automobiles en augmentant le prix du stationnement et le coût des amendes forfaitaires, qu'il devient difficile pour un rural de se soigner ! 

Emmanuel Macron ne va pas réduire cette fracture territoriale, il va l'ouvrir davantage et éloigner les Français les uns des autres. Il y aura la France qui profite de la mondialisation, qui bénéficie de la libéralisation des marchés et qui continuent de bénéficier de services publics et de l'autre côté, il y aura la France qui souffre du chômage et de la précarité, éloignée de l'emploi et des services publics, une France qui paie plus que l'autre le poids des mesures anti-automobilistes que cette bourgeoisie citadine prend pour elle, au détriment de ceux qu'elles méprisent, appelez-les les bouseux, les cul-terreurs, les beaufs, les ploucs, les péquenots... 

Que restera-t-il à cette France méprisée pour se faire entendre ? Les bonnets rouges ont montré lors du quinquennat précédent un aperçu de la colère des campagnes. Et il est à craindre qu'une telle colère jaillisse à nouveau. 

Edité le 13/11/2018 : 

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S
merci
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C
Vous avez tout compris Fredo. Bravo pour votre article.
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