Le diktat de la majorité absolue

Publié le par Frédo45

Emmanuel Macron n'a pas obtenu la majorité absolue à l'Assemblée Nationale qu'il souhaitait tant. C'est un échec pour le président réélu. Et depuis ce jour, un vent de panique souffle sur la paysage politico-médiatique français. 

Son vote n'aura pas suffi : il n'a pas de majorité absolue pour gouverner.

Il serait impossible de gouverner sans cette fameuse majorité absolue. On se demande bien comment font les pays qui élisent leurs députés à la proportionnelle intégrale. Ah ! Oui. Il y est obligatoire de discuter, débattre, faire des consensus... Et cela démontre la fragilité du débat démocratique en France. 

L'obsession pour la majorité absolue n'y est pas innocente. A tous les étages de notre vie démocratique, elle est devenue la règle, un totem immuable alors que finalement, elle est assez récente. Elle va même à l'encontre de la représentation démocratique dans certains cas. Prenons l'exemple de ma commune. Lors des dernières élections municipales, 4 listes s'opposaient au 2nd tour. La liste arrivée en tête a obtenu 35 %, la 2e a obtenu 34 %. 1 petit pourcent d'écart. Résultat : la liste de la majorité municipale dispose de 19 sièges sur 29, la liste arrivée en 2e position, 4 sièges. A quel moment peut considérer démocratique qu'un petit pourcent puisse correspondre à une différence de 15 sièges sur 29 possibles. Qu'il y ait une prime à la liste arrivée en tête, soit. Mais que celle-ci implique un tel déséquilibre entre le vote des électeurs et leur représentation n'est pas sain pour la démocratie. 

Cela a un impact sur la gouvernance. Si Emmanuel Macron est assimilé à Jupiter, c'est parce que le pouvoir en France n'est pas suffisamment soumis à des contre-pouvoirs et cela génère une forme d'autoritarisme, certes ponctuel, puisqu'il dure le temps du mandat, mais terrible pour le débat démocratique. 

Plus largement, cette obsession a pour conséquence de radicaliser les positions. Je ne parle pas des habituels procès en radicalité envers la gauche. Ces us existaient déjà en 1980. Non, je parle du rejet des positions adverses de telle sorte que lorsqu'on combat une idée, on en réclame l'interdiction. Je vais prendre un exemple : le voile islamique. Certains sont prêts à remettre en cause la liberté de culte et donc contrevenir aux droits humains par simple rejet. Alors qu'on peut très bien être contre le voile et défendre les femmes qui veulent le porter. Les exemples de ce genre sont nombreux : certains veulent interdire l'antiracisme à l'école ou interdire l'écriture inclusive. Cette intolérance n'est pas saine. C'est le sens de la fameuse phrase attribuée à Voltaire. 

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire."

Pour conclure, le fait que le président n'ait pas de majorité absolue est peut-être salutaire pour notre démocratie. Le parlement va retrouver sa place dans notre république. Cela va obliger les partis à discuter, négocier, faire des concessions. L'état ne sera plus autant géré de l'Elysée mais davantage du Palais Bourbon qui est bien plus représentatif de la la diversité des opinions au sein de la population. L'occasion aussi de réfléchir à cette obsession de la majorité absolue et de mettre fin à ce diktat en changeant de république. 

Publié dans Politique, République

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