L'extrême-droite, cet éternel danger.

Publié le par Frédo45

La montée des idées d’extrême-droite en France est désormais un fait avéré. Le Rassemblement National est un parti qui a perdu sa marginalité et s’est installé dans le paysage politique français. Il a même aux yeux de certains gagné en respectabilité. A côté de lui, émergent des figures tout aussi extrémistes comme Eric Zemmour. Pire, les dérapages (volontaires) de ce genre d’individus tendent à rendre Marine le Pen et sa clique raisonnables. Ce serait vite oublier ce qu’est le RN, jadis FN, un parti créé par d’anciens SS et des membres de l’OAS qui s’est fait remarquer par sa violence envers les étrangers et les partis de gauche. Le RN a changé ? Il suffit d’effeuiller les réseaux sociaux et les comptes des candidats estampillés de la flamme tricolore pour se rendre compte que non. Le RN a nettoyé la vitrine mais le fond de la boutique est le même.

Cependant, on ne peut nier que l’extrême-droite a le vent en poupe et il faut s’interroger sur les raisons de cette montée des eaux de caniveau. D’abord, les gouvernements successifs ont déçu et c’est encore plus vrai à gauche pour qui le quinquennat Hollande a été dévastateur. Ce n’est pas un hasard si les ouvriers votent en premier lieu pour l’héritière de St Cloud. Les forces progressistes se sont coupé d’un électorat populaire par mépris bourgeois, cherchant à imposer leur vision du monde et parfois même leurs goûts aux populations défavorisées. Il faudrait écouter telle musique, regarder tel film et lire tel livre car le reste n’est que culture industrielle, difforme, impropre, infâme. Cela touche aussi le syndicalisme qui doit faire son auto-critique et retrouver l’origine de ses combats : la défense des plus démunis.

Les partis de gauche et les syndicats ne sont pas les seuls coupables. La droite et sa surenchère identitaire, son concours Lépine de la proposition la plus identitaire et réactionnaire, (mais aussi une partie de la « gauche ») qui a validé la rhétorique d’extrême-droite (islamogauchisme, racialisme et maintenant wokisme) sont grandement responsables dans la validation politique des idées fascistes. Elle est aidée en cela par des médias devenus aux mains des grandes fortunes ultra-catholiques et réactionnaires, des armes de diffusion massive de contenus droitiers et extrême-droitiers. Il suffit de regarder la droite nationaliste et l’extrême-droite débattre du hijab et du féminisme sur CNEWS, rebaptisé TV Bolloré, pour se rendre compte de la manipulation de masse qui s’opère et pour observer qu’il n’existe aucun équivalent à gauche. Cette opération de grande envergure, dont le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, propriétaire de l’hebdomadaire Marianne et d’une bonne partie des actions du Monde ne se cache pas, trouve son aboutissement dans la candidature d’un homme condamné à 2 reprises pour incitation à la haine raciale et religieuse.

Les forces de progrès ont donc perdu la bataille médiatique, la bataille sur les réseaux sociaux où la « fachosphère » impose son agenda et ses thématiques ; elles sont en train de perdre la bataille de l’opinion. Pourtant le pouvoir d’achat, l’emploi, la solidarité, la santé et l’éducation demeurent des préoccupations des Français. Pour faire reculer l’extrême-droite, il faut rappeler, marteler à l’envi que jamais l’extrême-droite n’a protégé les travailleurs, que les programmes de ces candidats ne rompent pas avec le capitalisme et le libéralisme économique, tout au plus ils y ajoutent une dose de protectionnisme. Mais ils n’apportent aucun droit nouveau aux salariés qu’ils préfèrent diviser en fonction de leur religion ou de leurs origines. Se battre pour des droits nouveaux, les obtenir, voilà ce qui ramènera l’extrême-droite à la place qui est la sienne : les poubelles de l’Histoire.

Article paru dans Fenêtre sur Cours 45 - février 2022

Publié dans Politique, République

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