Prioritaire et binaire ?

Publié le par Frédo45

Le Ministre de l'Education Nationale a mis en place à la rentrée 2017 les premiers CP dédoublés dans les REP et REP+. Durant cette rentrée 2018, le dispositif a été élargi et concerne désormais les classes de CE1. Objectif : réduire les effectifs dans toutes les classes de CP et de CE1 dans les écoles situées en éducation prioritaire. Objectif louable mais qui fait grincer des dents dans la mesure où, pas assez abondé en poste, ce dispositif empiète sur  celui du "Plus de Maîtres que de Classes", apprécié des enseignants mais qui tend à disparaître et sur les effectifs dans les classes hors-REP, notamment en milieu rural. De telle sorte qu'un sentiment de déséquilibre s'est installé. A tort ?

Pas vraiment. Les enseignants, par exemple, syndicats en tête, se réjouissent massivement de cette volonté du Ministère de réduire la taille des classes. Ils s'étonnent juste que celui-ci accorde du crédit à l'idée que des classes moins chargées permettent une meilleure acquisition des savoirs et savoir-faire... uniquement en REP et en REP +. Car ailleurs, les classes sont toujours aussi chargées et les élèves en difficulté bénéficient toujours trop peu des dispositifs d'aide que l'Education Nationale (RASED par exemple) met en place... mais prioritairement pour l'éducation prioritaire. 

Car rappelons que parfois, entre un collège en éducation prioritaire et un collège hors-REP*, les publics accueillis sont similaires. Lors de la réforme de la carte de l'éducation prioritaire sous le quinquennat Hollande, ce sont les PCS (professions et catégories socio-professionnelles) des parents d'élèves qui ont servi de critères. Or quelles différences y a-t-il entre le dernier collège qui a intégré l'éducation prioritaire et le premier qui ne l'a pas intégrée ? Elle est quasiment nulle si on regarde les publics accueillis et pourtant, les moyens accordés au collège et aux écoles affiliées sont incroyablement distincts. Quand une école appartenant au secteur collège du 1er cité verra ses seuils d'ouverture réduits, la taille des classes de CP et de CE1 ramenée à 12, les enseignants bénéficier de primes et les directeurs d'école de décharges supplémentaires, celle qui dépend du second n'aura rien de tout cela, pour des élèves dont les parents appartiennent aux mêmes catégories socio-professionnelles. Pire, certains collèges qui se situent dans les départements les plus pauvres des académies, ne sont pas passés en éducation prioritaire bien qu'ils en aient eu le profil pour ne pas que ces départements accaparent tous les moyens alloués. Et bien entendu, n'étant pas en éducation prioritaire, ils ne bénéficient d'aucun moyen supplémentaire, les écoles non plus. 

Et c'est parce que le Ministère a réfléchi en premier lieu en terme de budget plutôt que de réfléchir en terme de besoins ! Il aurait fallu établir les besoins dans un premier temps en observant les PCS de près et ensuite, allouer les moyens en fonction de ceux-ci. Certains oublient que les dépenses pour l'instruction sont des investissements pour l'avenir ! 

Il faudrait aussi, pour qu'il y ait une plus grande équité, instaurer une graduation plus grande des moyens accordés. Certes, il existe une distinction REP+ et REP, mais il en faudrait d'autres afin de ne pas se retrouver dans cette situation terriblement binaire et finalement terriblement injuste pour les établissements qui accueillent des élèves issus des classes défavorisées et moyennes mais pas assez pour être en REP. Ainsi, on pourrait imaginer, établir tous les 5 ans, en fonction du PCS des parents, des catégories de collèges placés en REP1 (publics les plus défavorisés), REP2, REP3 voire REP4 et allouer ensuite les moyens à chacun, de manière évolutive, ainsi qu'à chacune des écoles dépendant de ces secteurs collège.

Cela semble essentiel désormais si on ne veut pas laisser sur le bas côté des milliers d'élèves** et si on veut sauver cette formidable idée qu'est l'éducation prioritaire qui entend donner plus à ceux qui en ont le plus besoin. 

*Le classement en éducation prioritaire s'établit au niveau des collèges même si certaines écoles ne dépendant pas de collèges en REP peuvent tout de même bénéficier du statut EP. 

** On estime 70 % des élèves jugés en difficulté scolaire sont scolarisés en-dehors de l'éducation prioritaire. 

Publié dans Education-Santé, Social

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