Génération sacrifiée

Publié le par Frédo45

Et si les enfants nés au début des années 2000 étaient sacrifiés sur l'autel du "pragmatisme" et du libéralisme économiques ?

Ils sont nés en 2000 et vont donc fêter leurs 18 ans cette année, ils sont la jeunesse et l'espoir d'une nation. Pourtant, si on y regarde de près, cette génération est tout simplement maltraitée par ses aînées.

Ils sont nombreux, ils ont vu le jour pendant le mini-baby boom de l'an 2000. Cette année, le taux de fécondité passe à 1,89 et progressera pour se stabiliser aux alentours de 2 en 2006 (depuis 2015, le taux est en recul et atteint 1,87 en 2017). A l'époque, la France se vantait de ce taux record en Europe et mettait en avant sa politique nataliste. Aujourd'hui, il apparaît clair que le pays n'assume pas cette natalité. Et les enfants nés dans cet intervalle sont des laissés pour compte. Soumis aux cures d'austérité mises en place après la crise des subprimes, ils n'ont pas bénéficié et ne bénéficieront pas, pour ceux qui les suivent, des atouts qu'avait notre école avant qu'on la matraque. 

Aucun dirigeant n'a anticipé leur arrivée sur les bancs consécutifs de l'école maternelle, de l'école primaire, du collège, du lycée et enfin de l'université. Au contraire, entre 2008 et 2012, les gouvernements qui se sont succédés sous le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, ont diminué le nombre d'enseignants. C'est la fameuse règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur 2. Ces générations ont donc connu les classes de maternelle à 30-35 et les classes d'élémentaire à 25-30. Pire, en 2008, sous la présidence de l'époque, la semaine scolaire répartie jusque-là sur 4 jours et demi et comportant 26 heures d'enseignement, est réduite à 24 heures en 4 jours. C'est donc pour ces élèves 2 heures de classe en moins par semaine, 72 heures dans une année et donc 3 semaines complètes de classe en moins pendant 8 ans. 24 semaines ! 2 / 3 d'une année scolaire complète ! Sans que personne, sauf quelques syndicats n'y trouve à redire. Dans la même veine, les RASED, ces réseaux d'enseignants venant en aide à des élèves en difficulté par petits groupes, ont vu, dans la même période, leurs effectifs réduits de moitié. Et ne parlons pas de la formation des enseignants, un temps entièrement supprimée. Une génération sacrifiée, vous dis-je. Sur l'autel des besoins parentaux et des volontés austères. 

Bien entendu, cela ne s'arrangera pas avec le collège et le lycée puisque l'enseignement secondaire ne sera pas épargné par les fermetures de postes. L'université, aux finances plombés par la loi LRU (sur l'autonomie des universités) ne rattrapera pas le coup, loin de là. Face à un sous-investissement de l'Etat, dénoncé par l'OCDE, et des difficultés à s'auto-financer, des postes ont disparu et parfois même des modules de formation. De telle sort qu'on n'en est arrivé à tirer au sort pour répartir les bacheliers ! "Inacceptable !" crient alors les responsables de cette situation, les mêmes qui ont fermé le robinet et qui n'ont pas anticipé l'augmentation du nombre d'étudiants qui pourtant était prévisible. Et dès lors, arrive une solution toute trouvée, simple et tellement en adéquation avec la vision qu'ont les libéraux de l'enseignement : la sélection. Et nous voilà avec Parcours Sup face auquel la mobilisation se construit.

Mais, franchement, comment reprocher à ces jeunes, ces sacrifiés, ces laissés pour compte, une colère si légitime ? Et comment expliquer le manque de soutien des générations plus âgées face à cet abandon ? Alors, plus que jamais, soutenons les manifestations étudiantes et lycéennes. Car en protégeant leur présent, c'est aussi notre avenir que nous protégeons. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article