Culpabilisation pédagogique

Publié le par Frédo45

Une des techniques les plus souvent utilisées par l’Education Nationales pour masquer ses propres turpitudes pourrait se nommer « culpabilisation pédagogique ». En effet, l’enseignant est systématiquement pointé du doigt, responsable notamment des échecs d’un système à bout de souffle. Et bien souvent, c’est sa pédagogie qui est mise en cause. Ainsi, lorsque l’Education Nationale supprime des heures de classe (dans le primaire en 2008, au lycée cette année) sans pour autant alléger les programmes, la hiérarchie a une réponse toute trouvée : la transversalité ou comment faire tenir un mètre cube d’eau dans un récipient qui peut en contenir la moitié. L’enseignant devient alors contorsionniste ou se voit reprocher son manque d’adaptabilité.

Autre exemple, lorsque les RASED sont décimés, le remède miracle arrive sur le bureau de l’instituteur. Il proposera de la différenciation ! Il a déjà un triple-niveau. Pas grave, ça passera quand même. Et ça évite les questions embarrassantes sur le fait que les postes de maîtres E et G ne sont pas pourvus.

Dernier exemple, comment gérer une classe de 30 élèves ? Facile ! Du travail en atelier règlera le problème en un clin d’œil.

L’Education Nationale, au gré des changements ministériels, a toujours imaginé des pédagogies miracles, souvent teintées du sceau de l’idéologie que le gouvernement en place promeut. Sur le terrain, les belles paroles font face à des difficultés insurmontables.

Les pédagogies miracles n’existent pas et le pluralisme en la matière devrait être encouragé dès la formation initiale, en confrontant, comparant, analysant les divers biais didactiques, et en laissant au final, à l’enseignant le choix de construire sa pédagogie fort de ses connaissances. La liberté pédagogique est un fondement de notre institution sur lequel il ne faut plus transiger. De plus, la pédagogie ne doit plus servir de prétexte à masquer les mesures austères subies par la profession depuis 20 ans maintenant.

Et aux enseignants de ne pas tomber dans le panneau de la guerre pédagogique entretenue par les ministres successifs. Pour favoriser la réussite des élèves, il n’y a pas d’autres solutions que d’améliorer le taux d’encadrement, compléter tous les RASED, développer les différentes aides internes ou externes et enfin, revaloriser le métier d’enseignant. Nulle pédagogie ne pourra faire mieux que cela.

Article paru dans le Fenêtres sur Cours 45 - mars 2021

Publié dans Education-Santé

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